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Comores : la centrale syndicale indexe « la vie chère » et l’absence de salaire minimum

À l’occasion de la fête du travail du 1er mai, les organisations syndicales ont pointé du doigt "le manque de mesures concrètes" pour améliorer les conditions de vie des travailleurs comoriens soumis à une terrible inflation tout comme les autres couches de la population. La Confédération des travailleuses et travailleurs des Comores demande l’instauration d’un salaire minimum dans l’archipel. "Une grande marche des salaires" est annoncée pour le 7 juillet prochain, le lendemain de la fête de l’indépendance. Aux Comores, le nombre de travailleurs fiscalisés était "estimé à 43.000", 9% de la population active.

Hausse continue des prix des denrées de base, salaires misérables, système de retraites piteux, avancements bloqués des salaires aussi bien dans le privé que dans le public. Les responsables syndicaux comoriens ont résumé le moral des travailleurs comoriens à l’occasion de la célèbre fête du travail organisée dimanche 1er mai à la Place de l’indépendance à Moroni.

Une vie quotidienne difficile pour les ménages

De nombreux délégués des syndicats des agents des secteurs privé et public ont répondu à l’appel de la Confédération des travailleuses et travailleurs comoriens (CTTC), la principale centrale syndicale du pays qui regroupe plus d’une vingtaine de syndicats d’employés. Aucune marche n’a été organisée dimanche. Les organisateurs ont préféré plutôt rassembler les délégués syndicaux « pour passer des messages au gouvernement ». Et le plus retentissant de ces messages reste « la vie chère » qui gangrène le quotidien des ménages comoriens.

Il faut noter que les citoyens vivent un quotidien difficile à cause notamment de la hausse généralisée des prix. Les autorités comoriennes ont pris des mesures pour encadrer les prix des produits de première nécessité. Une politique de multiplication de l’offre a été engagée par le gouvernement. Une ligne de crédit de 10 millions d’euros a été mise à la disposition des opérateurs économiques. Mais la réalité dans les marchés est différente malgré l’arrivée de dizaines de conteneurs de denrées alimentaires. « Les structures des prix fixées par le gouvernement peu respectées », avait titré, mi-avril, le journal Al-watwan dans une enquête menée une semaine après la publication de l’arrêté ministériel fixant les prix homologués.

Les orateurs reconnaissent la conjoncture internationale actuelle marquée par la hausse des matières premières mais déplorent l’inaction supposée des décideurs politiques. « On sait bien que la crise touche tous les pays du monde mais que faisons-nous vraiment aux Comores pour protéger les travailleurs et les consommateurs en général », s’est demandé Salim Soulaimane, le chef de la CTTC qui regroupe plus d’une vingtaine de syndicats d’employés toutes catégories socio-professionnelles confondues.

Le taux d’inflation est estimé en glissement annuel à 3,7% aux Comores. Les salaires sont rarement indexés sur la hausse des prix. Les dépenses à la consommation sont en hausse aux Comores, estimées en 2020 à près de 160 milliards de francs comoriens (326 millions d’euros), soit environ 19% du PIB, selon le rapport de la Banque centrale des Comores (BCC).

Les responsables syndicaux exigent un plan d’urgence au profit des salariés

Le salaire minimum de 126 euros n’a jamais été formalisé

L’Etat comorien avait relevé les salaires des fonctionnaires au mois janvier 2021 mais la mesure, qualifiée de symbolique par le gouvernement, a été jugée insuffisante par l’intersyndicale des enseignants. Non seulement, elle se limitait aux seuls agents de l’Etat mais elle était loin, très loin même, de compenser les avantages gelés depuis des décennies par les gouvernements successifs. « Il faut à un moment parler de cette précarisation continue du travailleur comorien », dit encore Salim Soulaimane.

L’homme connait bien le problème. Formé à l’école du Bureau international du travail (BIT), le chef de la CTC a participé depuis les années 1980 à l’élaboration de tous les textes nationaux et connait par cœur les protocoles de l’Organisation internationale du travail (OIT) signés par les Comores. Pour lui, « tout a été fait, il ne reste que la volonté des gouvernants », ajoutant que les hommes politiques qui se sont succédé au pouvoir ces trente dernières années « n’ont jamais pris au sérieux la dimension sociale du travailleur comorien ».

Les organisations syndicales ont ainsi pointé du doigt « le manque de mesures concrètes » pour améliorer les conditions de vie des travailleurs comoriens soumis à une terrible inflation tout comme les autres couches de la population. « Dis-moi la mesure prise depuis 20 ans en faveur des travailleurs, blocage des salaires, gel systématique des bonifications, absence de mesures de protection sociale », interpelle Salim Soulaimane, ancien instituteur et un des fondateurs des premiers syndicats du pays au début des années 1990.

Les salariés fiscalisés représentent 9% de la population active

Azali Assoumani, Comores, Mayotte
Le palais de Beït Salam, siège de la présidence des Comores

L’autre message passé par les organisations syndicales à l’occasion de la fête du 1er mai : l’instauration d’un salaire minimum. Une doléance qui n’a jamais dépassé le stade de la réflexion depuis plus de 20 ans. De nombreuses études ont été menées, des propositions ont été faites, un salaire minimum a été même acté en 2019, soit 62.000 francs comoriens (126 euros), d’après l’institut national de la statistique et des études économiques et démographiques (INSEED) dans son enquête (1, 2, 3) rendue publique il y a trois ans. Le gouvernement, estimant que plus de 60% de ses agents perçoivent moins que le salaire minimum proposé, a finalement abandonné la mesure à cause de l’incidence financière qui pourrait se répercuter sur le budget de l’Etat.

Sous la colonisation en 1961, le salaire minimum a été fixé à 8 francs l’heure (1.664 francs à l’époque), 1 620 euros aujourd’hui. Les responsables syndicaux souhaitent faire bouger les lignes. « Une grande marche des salaires » est annoncée pour le 7 juillet prochain, soit le lendemain de la fête de l’indépendance. Aux Comores, le nombre de travailleurs fiscalisés était « estimé à 43.000 », soit 9% de la population active, dont près de 14.000 fonctionnaires, selon une enquête datant de 2019. Plus de 90% des actifs recensés sont dans le secteur informel.

A.S.Kemba, Moroni

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