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vendredi 16 octobre 2026
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Vous avez demandé une liberté de circulation ? Ne bougez pas !…

Marche à pied pendant un mois et demi
Marche à pied pendant un mois et demi

C’est en vivant sa privation que l’on peut comprendre pourquoi la liberté de circulation est un droit fondamental et constitutionnellement garanti. C’est en vivant un quasi-enfermement pendant un mois et demi dans les zones « occupées », avec un arrêt net de leur activité pour les entreprises qui s’y trouvent, des difficultés de déplacement pour les services de secours qui ont provoqué nombre de décès, une scolarisation empêchée pour les élèves, et avec la seule marche sous un soleil de plomb comme solution en journée, que l’on perçoit la portée du délit commis par les organisateurs de la mobilisation.

La population appuyait par sa forte présence aux premières manifestations, les revendications sécuritaires, et pour une grande majorité, celles portant sur la lutte contre l’immigration clandestine. On a donc pris en otage des consentants.

Et ceci, au lieu de s’adresser à ceux qui ont toujours été visés par les leaders de la mobilisation, les représentations de l’Etat et les élus. Car l’objectif était bien d’obtenir des avancées. Sous la pression, l’Etat en propose, mais ce mouvement va-t-il changer les élus en porteurs et défenseurs d’une vision pour leur commune ou leur canton, en « Batman », comme nous l’écrivions ? Peu probable. Nous reviendrons donc toujours au même problème quand la délégation interministérielle va quitter l’île dans un mois.

L’Etat n’a pas tout laissé passer

Les gendarmes lèvent le 1er barrage
Les gendarmes lèvaient un barrage sauvage le 8 mars

Une forme de mouvement qui a été hostile au territoire. On va savoir combien d’entreprises ont été sinistrées, combien de ménages vont tomber dans la précarité sur une île où un salaire fait vivre 5 personnes. « Je suis à 74.000 euros de pertes. J’ai réuni mes salariés pour leur expliquer que les salaires de mars ne seront pas payés, l’argent n’étant pas entré », nous expliquait d’une voie cassée le gérant de l’hôtel Trévani. Combien de personnes sont décédées, combien de familles endeuillées. Difficile de savoir si le barrage est fautif ou aggravant. « Des enquêtes médico-légales sont en cours », nous fait-on savoir du côté de l’ARS OI. Des peines vont donc tomber.

On a compris que la préfecture en ne dégageant pas les obstacles à ce droit fondamental de circuler librement, ne voulait pas envenimer la situation face à ceux qui revendiquent davantage de considération pour leur territoire, et qui réclamaient paradoxalement un « mieux d’Etat », comme l’a traduit la ministre des Outre-mer. Une situation qu’on ne revivra pas, à coup sûr, dans quelques années.

En effet, ce sentiment d’enfermement, nous l’avions déjà connu en 2011. En pire. Les barrages étaient sauvages, « tenus » par des jeunes cagoulés qui se sont improvisés voyous par l’inaction des forces de l’ordre qui les regardaient dépouiller les automobilistes, armés de bâtons, sans avoir l’autorisation d’intervenir. Or, en ce début mars 2018, lorsque des jeunes s’y sont essayés à Koungou, ils ont été immédiatement chargés par les mobiles.

Du côté de l’Etat, la crise n’a donc pas été trop mal gérée. L’Etat n’a pas tout laissé passer (sans mauvais jeu de mots ! ), aucune voiture n’a été brûlée par les manifestants contrairement à 2011, les bâtiments comme les Archives n’ont pas été incendiés comme en 1993, c’est aussi pour cette évolution vers le « moins pire » qui va toujours tirer vers le mieux, que les Mahorais ont choisi d’être département.

Un constat sera tiré du bilan cependant, il risque d’être lourd pour l’image des syndicats et autres mouvements revendicatifs. Ce qui va obliger à un changement de braquet lors de l’expression des prochaines colères du peuple, qu’on espère lointaines si le travail en cours est suivi.

Anne Perzo-Lafond
Lejournaldemayotte.com

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