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Aides de l’AFD aux Comores : « Ils ne respectent pas leur part du contrat », fustige le sénateur Thani

Jusqu’où la France peut-elle aller pour aider les Comores sans contrepartie ? C’est la question qui se pose après l’audition du directeur Outre-mer de l’Agence Française de Développement au Sénat, portant notamment sur la convention franco-comorienne de 2019.

Ce jeudi, la Délégation sénatoriale aux Outre-mer auditionnait l’Agence française de Développement (AFD) dans le cadre du rapport d’information sur la coopération et l’intégration régionales des outre-mer. Pour cela, elle a mis en place une « Stratégie 3 océans », l’Atlantique, le Pacifique et l’océan Indien.

Il s’agissait pour les sénateurs d’évaluer le degré d’insertion régionale, et d’en évoquer les obstacles. Charles Trottmann, directeur du Département des Trois Océans de l’AFD, était donc sur la sellette, et détaillait les investissements en cours dans les trois zones. C’était notamment l’occasion pour lui d’aborder l’accord franco-comorien de 2019, par lequel la France a versé à l’Union des Comores 150 millions d’euros, qui devaient être répartis sur 3 ans. En contrepartie de quoi, le pays sis dans le canal du Mozambique s’engageait dans cette convention à « contrôler les mouvements en direction de Mayotte » mais aussi à « contrôler les ateliers de fabrication de kwassas et à démanteler ceux dont l’activité concourt à l’immigration illégale. »

Le représentant de l’AFD faisait le point sur ce partenariat régional : « Nous avons engagé la totalité des fonds dès 2021 pour une mise en œuvre qui s’étalera jusqu’en 2028-2029, à la mesure des capacités d’exécution des comoriens. » Pour s’assurer de la bonne consommation des fonds, l’AFD dit compter sur ses agents présents aux Comores, ainsi que sur Expertise France (l’agence publique de conception et de mise en œuvre de projets internationaux de coopération technique), « ils ont une cinquantaine de collaborateurs qui travaillent sur ce dossier ».

« 150 millions foutus à la poubelle ! »

Charles Trottmann à Mayotte en 2021 lors de la signature de l’AFD d’accompagnement des constructions scolaires à Mayotte

Nous avions essayé l’année dernière d’avoir des renseignements sur les axes d’utilisation de ces fonds autre que les publications sur les sites, mais l’ambassade de France aux Comores, l’AFD et les Affaires étrangères se renvoyant la balle, nous n’avons pu publier d’information au grand public à ce sujet.

Devant les sénateurs, Charles Trottmann l’assure, « nous savons tracer chaque euro ». En donnant quelques exemples : la rénovation en cours de « cinq hôpitaux et maternités d’Anjouan », celle de « cinquante écoles », ainsi que « 8.000 personnes accompagnées sur la formation professionnelle et l’insertion ». Il convenait de montant qui « ne sont pas à l’échelle », sous-entendu des besoins pour freiner les migrations, « mais structurellement, la différence de niveau de développement est de 1 à 8 », entre les Comores et Mayotte.

Pour rappel, en dehors de cet investissement massif de l’AFD, les Comores ont bénéficié de 3,9 milliards d’euros, également versés en 2019 par la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, et ses partenaires Maroc et Émirats arabes unis, qui visaient « à faire des Comores un pays émergent à l’horizon 2030 ».

A l’issue de cette présentation, rapporteurs de la Délégation sénatoriale outre-mer et sénateurs pouvaient l’interpeller. Ce fut le cas notamment de Thani Mohamed Soilihi, sur un ton exaspéré qu’on lui connait peu : « Quand vous dites que les Comores respectent leur part du contrat, c’est faux ! Qu’ils reprennent leurs 25.000 concitoyens expulsés de Mayotte, c’est leur devoir, mais ils nous font un chantage à la bombe migratoire. Il y a aujourd’hui des Africains qui ne connaissaient pas Mayotte, qui arrivent aux Comores où on leur dit ‘il y a un Eldorado là-bas, allez-y’. Ces sous qui passent par l’AFD, c’est 150 millions foutus à la poubelle, ça suffit ! Azali Assoumani se moque de nous ! ». Le sénateur mahorais rappelait sa proposition, calquée sur ce qu’essaie de mettre en place le Royaume Uni avec le Rwanda, contractualiser avec un pays tiers pour y envoyer les demandeurs d’asile, et dans le cas évoqué par le sénateur, les demandeurs de titres de séjour, afin de valider ou non la demande.

Des financements sans infléchissement politique

Rencontre diplomatique entre les chefs d’état français et comorien en mai 2023 (illustration/DR)

Car sur le plan de la fidélité de la parole donnée, nous parlons du pays dont les résultats de la dernière élection présidentielle du 14 janvier 2024 sont plus que contestés. Ils font l’objet de plusieurs recours, notamment d’un candidat de l’opposition, ancien ministre de l’Intérieur Mohamed Daoudou, qui aurait intercepté sur l’île d’Anjouan un camion de l’armée transportant une dizaine d’urnes à la mi-journée, interrompant le vote en cours, révèlent nos confrères du Monde dans un article où sont détaillées les fraudes suspectées, avec la bénédiction de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI).

Devant le Sénat, impossible pour Charles Trottmann de faire une réponse politique, « nous agissons dans le cadre d’un mandat de développement donné par le gouvernement français pour agir sur les causes profondes des migrations. »

A l’issue de l’audition retransmise en visio, nous avons interrogé une anjouanaise présente à Mayotte depuis 2011, qui nous indiquait ne pas vouloir repartir dans son pays, « j’ai trois enfants, et il faut payer pour l’école là-bas. »

L’école publique souffre d’un déficit d’enseignants aux Comores

Il faut donc attendre la fin de la consommation des fonds pour évaluer l’impact des construction/rénovation des 50 écoles, mais sans changement de politique du gouvernement comorien avec des enseignants sous-payés, les écoles, comme ce fut le cas de l’hôpital de Bambao à Anjouan, resteront des coquilles vides.

Ce serait de l’argent public français « jeté à la poubelle » pour donner raison au sénateur, et sans mise en place de contrepartie de frein aux migrations du côté comorien. C’est d’ailleurs en évoquant à demi-mot cet aveu d’échec, que Gérald Darmanin annonçait son « rideau de fer » pour barrer la route aux migrants.

Anne Perzo-Lafond

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